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ESPAGNE – Deux études socio-économiques aux conclusions divergentes

Par Eric MEUNIER

Publié le 30/06/2008, modifié le 27/02/2025

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La Pr. Rosa Binimelis de l’Université autonome de Barcelone s’est intéressée aux conséquences de la coexistence dans les deux régions espagnoles que sont la Catalogne et l’Aragon où, en 2006, la part du maïs transgénique cultivé était respectivement de 42% et 55% de tout le maïs cultivé [1]. Pour le Pr. Binimelis, le concept et la mise en application de la coexistence dans ces régions ont généré de nouveaux problèmes, notamment de confrontation entre les agriculteurs, sans résoudre ceux déjà existants. Ces problèmes sont, pour l’auteur, le fruit de la non prise en considération des conditions sociales du milieu agricole, ce qui a permis de promouvoir les biotechnologies plus que les autres pratiques agricoles. Selon le communiqué de presse de l’Université, l’article du Pr. Binimelis montre que la culture du maïs GM a provoqué une réduction drastique des cultures « bio » [2]. Dans le détail, la scientifique indique que la ségrégation du maïs GM des maïs conventionnels et bio est difficile et onéreuse, aucun silo spécifique au maïs bio n’étant par exemple disponible. Sont également mises en avant les difficultés entre agriculteurs issues de la nécessité d’éviter les contaminations et leur gestion lorsqu’elles ont lieu, ou encore les difficultés rencontrées par les agriculteurs bio lorsqu’ils réclament des compensations en cas de contamination du fait des incertitudes techniques des mesures des taux en jeu et de l’origine de la contamination [3].

De son côté, le Centre Commun de Recherche (JRC) s’est intéressé aux performances des cultures de maïs Bt dans les mêmes régions que le Pr. Binimelis ainsi que dans la région de Castille-La-Manche [4]. Le JRC souhaitait réunir des données concernant les performances économiques et agronomiques de ce maïs afin de pallier le manque de ce type de données en Europe actuellement. La période couverte va de 2002 à 2004. Selon le site de l’Union européenne CORDIS [5], « Seule la région de Saragosse a connu une augmentation importante de rendement, de l’ordre de 11,8% ». Il est intéressant de noter que tout ce maïs GM a été vendu à des fins alimentaires, et qu’aucune prime n’a été versée aux agriculteurs ayant cultivé du maïs non modifié. Par conséquent, les agriculteurs de maïs Bt ont vu leurs revenus augmenter car ils ont pu produire davantage que les agriculteurs de maïs traditionnel. L’étude a tenu compte du surplus que les agriculteurs de maïs Bt ont dû payer pour acheter des graines GM, dépenses qui se sont équilibrées grâce aux économies réalisées sur l’utilisation et les coûts des insecticides. En moyenne, les agriculteurs de maïs traditionnel ont appliqué 0,86 traitements insecticides par an pour lutter contre les insectes, comparé à 0,32 par an pour les cultivateurs de maïs GM. Une fois tous les paramètres pris en compte, le rapport a montré que « l’adoption de la culture de maïs Bt se traduisait sur la marge brute obtenue par les agriculteurs de différentes provinces par des revenus allant de 0 à 122 euros par hectare et par an ». En conclusion de son travail, le Centre Commun de Recherche précise surtout que la principale donnée économique reste les coûts potentiels liés à l’adoption de mesures de coexistence, et souligne qu’actuellement « il n’existe pas de cadre veillant à cette coexistence ».

[1« Coexistence of Plants and Coexistence of Farmers : Is an Individual Choice Possible ? », Rosa Binimelis, Journal of Agricultural and Environmental Ethics, http://www.springerlink.com/content…

[2cf. également « 60 000 hectares d’OGM en Espagne, 5 000 hectares en France : pourquoi ? », 60 000 hectares d’OGM en Espagne, 5 000 hectares en France : pourquoi ?

[4« Adoption and performance of the first GM crop introduced in EU agriculture : Bt maize in Spain », http://ipts.jrc.ec.europa.eu/public…

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