Vers le point de rupture ?
Le but des manipulations génétiques est la rationalisation du vivant au profit de l’humain, mais avec des techniques plus efficaces, plus intrusives que celles utilisées précédemment. Ces biotechnologies modifient en profondeur notre rapport aux êtres vivants.
En s’appuyant sur les travaux de François Meyer [1], Frédéric Jacquemart souligne que l’évolution des techniques est une courbe sur-exponentielle, dont le taux de croissance est lui-même croissant.
Cette sur-exponentielle nous parle d’une rupture dans l’échelle des temps. Il a fallu des milliers d’années aux humains pour domestiquer plantes et animaux, et à peine un siècle pour en modifier structurellement l’ADN. Cette accélération implique une rupture, c’est-à-dire un changement non plus de quantité mais de qualité. Comme le dit également Frédéric Jacquemart, « prendre un gramme sur la tête ou une tonne, c’est certes une différence de quantité mais aussi de qualité. Le résultat est fondamentalement différent ». Ceci rejoint la pensée de Philip Anderson, qui titrait un article publié en 1972 dans Science : « more is different » [2]. Pour le dire autrement, si l’on s’en tient aux animaux, l’humanité co-évolue avec eux depuis 20 000 ans. L’Homme a sélectionné certains traits (taille, capacité d’engraissement, de production de lait, etc.). Il a domestiqué. Mais comme le suggère James C. Scott : « la question de savoir qui est au service de qui est presque métaphysique. […] C’est “ nous ” qui avons domestiqué le blé, le riz, les moutons, les cochons, les chèvres. Mais si l’on examine la question sous un angle légèrement différent, on pourrait argumenter que c’est nous qui avons été domestiqués » [3]. Peu importe qui domestique qui. Il est surtout question de relation, d’interdépendance, ce qui n’est plus le cas dans le cadre des modifications génétiques telles qu’elles sont pratiquées actuellement. ll y a toujours eu action de l’homme sur la nature, mais le temps long de cette action et son périmètre relativement restreint n’a rien à voir avec le temps et la diffusion géographique de la technoscience.
Rupture dans l’échelle des temps mais aussi intervention des contextes biologiques : tous les échanges d’ADN sont naturellement restreints par ces contextes. Fabriquer des OGM revient donc à ne pas tenir compte de ces restrictions inhérentes aux systèmes vivants, par ailleurs largement inconnues [4].
Les biotechnologies font fi du contexte écologique dans lequel le vivant évolue, mute, se diversifie. Theodosius Dobzhansky, biologiste, affirmait : « rien, en biologie, n’a de sens si ce n’est à la lumière de l’évolution ». Or, pour la plupart des biologistes moléculaires, faire des OGM, c’est s’extraire du contexte biologique. Le laboratoire isole les organismes vivants. L’action se produit dans un « univers artificiel ». Les OGM sont pourtant ensuite dans la société et dans la nature.
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