n°111 - juillet / août 2011Ressource extérieure

LIVRE – La science denaturée par les scientistes

Par Christophe NOISETTE

Publié le 01/04/2011

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Dans sa Lettre ouverte aux scientistes, Matthieu Calame, explique comment la science a été progressivement détournée de son objectif de connaissance pour se consacrer presque exclusivement à la production technique. Ainsi, l’auteur met en garde : « N’être que modérément technophile, ce n’est donc pas être antiscience ». Ce livre ne cherche pas à casser la science mais, bien au contraire, à lui rendre ses lettres de noblesses en l’épurant de son cléricalisme, de son aspect idéologique. Autrement dit, il ne s’agit pas de prôner un retour à une inénarrable bougie ou à une magie explicative du monde, mais de prendre conscience que la science est une activité humaine, qu’elle est sujette aux passions. Elle n’est pas au-delà de la condition humaine, elle est faite par et pour les humains : « Alors que la société doit composer en permanence avec ce qu’il convient de nommer les faiblesses humaines, […] le scientisme défend généralement l’idée d’une incorruptibilité ontologique du chercheur ». L’auteur développe alors une analogie entre le scientisme et le cléricalisme : le téléthon s’apparente au pèlerinage de Lourdes, et le traitement des « héros » de la science à celui des saints ou des martyres, destin revu et corrigé par une hagiographie précise – « Dans l’idéologie scientiste, critiquer la technoscience, c’est condamner de nouveau Galilée ». L’auteur va jusqu’à énoncer que « l’institution du prix Nobel n’est pas sans faire penser à une forme de…. béatification ». Ainsi, on peut distinguer deux types de chercheur : le chercheur – clerc et le chercheur – citoyen. Qualifié aussi de lanceur d’alerte, ce dernier accepte de parler d’égal à égal, que « la connaissance scientifique soit un des éléments de la décision publique sans exclure d’autres dimensions » et « admet l’idée que la connaissance scientifique est parfois défavorable à la technique en révélant par exemple des effets secondaires sur la santé et l’environnement ». Et l’auteur propose une refonte profonde de l’ensemble des paramètres de la recherche, tant au niveau des institutions, que de la définition des priorités, ou de l’évaluation des scientifiques et des technologies. Car « les notions d’émergence, de complexité, la nécessité de s’intéresser à des systèmes qui semblent résister à une modélisation simple, multiplient les situations dans lesquelles la pratique canonique de la recherche […] est mise en échec ».

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