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Top 10 des géants de l’agrobusiness : concentration des entreprises dans l’alimentation et l’agriculture
En temps de guerre, la concentration du marché permet aux entreprises de réaliser encore plus de bénéfices, pendant que les agriculteur·rices et les consommateur·rices à travers le monde subissent la hausse du prix des engrais et des denrées alimentaires. Ce rapport fournit un instantané de la situation en matière de concentration dans l’agroalimentaire. Il fait suite à l’édition 2025 et dresse un état des lieux de la concentration dans six secteurs agricoles clés : les semences commerciales, les pesticides, les engrais de synthèse, les machines agricoles, les produits pharmaceutiques vétérinaires et la génétique des animaux d’élevage.
Inf’OGM publie ici le fruit du travail des organisations GRAIN et ETC Group sur la concentration industrielle dans six secteurs clés de l’agroalimentaire. Ce rapport montre sans équivoque la concentration de plusieurs marchés de la filière agroalimentaire entre les mains de quelques multinationales. Le rapport reproduit ci-dessous est une mise à jour d’une précédente version de 2025. Il a été mis en ligne le 29 juillet 2026 sur le site de ETC Group et le 30 juillet sur celui de GRAIN. L’ensemble des 115 références fournies par les associations à l’appui de leur rapport est disponible dans les versions originales sur leurs sites Internet.
En quoi la concentration des entreprises dans le système alimentaire revêt-elle une importance particulière ? Il y a à peine cinq ans, la pandémie de COVID-19 et l’invasion russe de l’Ukraine entraînaient une perturbation des chaînes d’approvisionnement alimentaire et provoquaient une hausse des prix des denrées alimentaires. Aujourd’hui, une nouvelle crise alimentaire se dessine. La guerre menée par Israël et les USA contre l’Iran a déjà eu des conséquences dévastatrices pour la population locale et l’environnement. Outre la perturbation des marchés pétroliers et d’autres dynamiques géopolitiques, elle contribue également à faire grimper les prix des engrais et des aliments.
Profitant de la dépendance du système alimentaire vis-à-vis des engrais azotés, les géants mondiaux de ce secteur ont systématiquement augmenté leurs marges pendant les chocs liés à l’approvisionnement en gaz naturel provoqués par ces deux guerres. Ainsi, au troisième mois de la guerre contre l’Iran, CF Industries Holdings Inc., Nutrien Ltd et Yara affichaient une hausse comprise entre 19 % et 40 % de leur chiffre d’affaires trimestriel, qui s’est répercutée de manière encore plus forte sur les prix payés par les agriculteur·rices, et par les consommateur·rices à travers le monde, en particulier dans les pays du Sud. Moins de trois semaines après le début de la guerre, l’ONU mettait déjà en garde que 45 millions de personnes supplémentaires risquaient d’être confrontées à une famine aiguë.
Pourtant, les pandémies et les guerres ne sont pas les seules responsables des chocs d’offre qui ébranlent le système alimentaire. La crise climatique accentue la fréquence et l’ampleur de ces chocs, à l’image de l’intensification historique du phénomène El Niño prévue pour fin 2026. Le système alimentaire mondialisé, avec ses longues chaînes d’approvisionnement et son caractère uniforme, est extrêmement vulnérable à ce type d’événements. Il est également vulnérable face aux entreprises qui abusent de leur pouvoir de monopole pour engranger toujours plus de bénéfices en période de volatilité, au détriment des agriculteur·rices, des travailleur·euses de l’agroalimentaire, des consommateur·rices et de la planète.
À l’heure où nous devons limiter le pouvoir des entreprises dans le système alimentaire, les progrès en matière de numérisation et d’intelligence artificielle (IA) risquent bien d’aggraver la situation. Toutes les grandes entreprises du secteur des intrants agricoles incitent les agriculteur·rices à utiliser leurs plateformes d’agriculture numérique afin d’augmenter leurs ventes et de créer une dépendance de leur clientèle. Ces plateformes, notamment Climate Fieldview de Bayer, Cropwise de Syngenta et Granular de Corteva, permettent aux fabricants d’intrants de collecter des données auprès des exploitations et des agriculteur·rices, des données qui sont ensuite utilisées pour vendre davantage de leurs produits à ces dernier·es.
Les innovations dans le domaine de la numérisation encouragent également une convergence avec les grandes entreprises des technologies. Bon nombre des plus grands noms du secteur des semences, des pesticides, des engrais et des machines agricoles s’associent à des géants des technologies comme Microsoft, Google, Amazon et Meta. Ces derniers déploient des programmes d’agriculture numérique dans les pays du Sud, par le biais de programmes gouvernementaux dont dépendent les agriculteur·rices pour obtenir des subventions, des intrants et d’autres services de vulgarisation agricole. À titre d’exemple, la nouvelle base de données numérique mise en place par le gouvernement indien, Agri Stack, fournit à Microsoft des informations détaillées sur 80 millions d’agriculteur·rices du pays, et est utilisée comme modèle par la Banque mondiale pour mener des programmes dans d’autres pays.
Le présent rapport fournit un instantané de la situation en matière de concentration dans l’agroalimentaire. Il fait suite à l’édition 2025 de notre rapport et dresse un état des lieux de la concentration dans six secteurs agricoles clés : les semences commerciales, les pesticides, les engrais de synthèse, les machines agricoles, les produits pharmaceutiques vétérinaires et la génétique des animaux d’élevage. Un autre secteur clé – celui des négociants en matières premières agricoles – est abordé dans le rapport publié en 2026 par ETC Group, intitulé « Grain Traders, Greed and Oligopoly Power ».
Comme le montre le rapport, le niveau de concentration dans les six secteurs reste élevé. Cinq d’entre eux – les semences, les pesticides, les machines, les produits pharmaceutiques vétérinaires et la génétique porcine – peuvent être qualifiés d’oligopoles, puisque quatre entreprises contrôlent plus de 40 % du marché. Il en va de même pour le marché mondial des engrais phosphatés. Alors même que le monde est aux prises avec les crises du climat et de la biodiversité, l’augmentation de la faim, les conflits géopolitiques et la nouvelle crise alimentaire imminente, une poignée de grandes entreprises continuent d’exercer un pouvoir écrasant sur notre système alimentaire.
La situation est grave. Nous devons de toute urgence trouver des moyens de démanteler le pouvoir de ces grandes entreprises et de mettre en place des systèmes alimentaires préservés des énergies fossiles et des intrants industriels, garants d’une alimentation variée, nutritive et abondante, de moyens d’existence dignes et d’écosystèmes sains.

Semences commerciales
Le secteur des semences commerciales englobe les semences de cultures (principalement les semences de cultures de plein champ et de légumes protégées par des droits de propriété, y compris celles ayant été génétiquement modifiées) vendues sur le marché commercial. Les semences conservées par les agricultrices et les agriculteurs et les semences mises à disposition par les pouvoirs publics et les institutions publiques n’ont pas été prises en compte dans cette catégorie.
Les quatre principales entreprises qui dominent le secteur des semences commerciales sont les mêmes qu’en 2023. Bayer, Corteva, Syngenta et BASF contrôlent plus de la moitié du marché des semences ; à elle seule, Bayer en contrôle 20 %. Les quatre mêmes entreprises représentent également 56 % du marché des pesticides. Dans l’ensemble, le marché des semences commerciales a connu une légère croissance en 2024 par rapport à l’année précédente ; cependant, la concentration dans le secteur reste identique, les quatre premières entreprises dominant 50 % du marché et les dix premières, 63 % (voir Tableau 1).
Les grands semenciers commerciaux continuent à miser sur les cultures génétiquement modifiées et œuvrent à la mise au point de nouvelles variétés grâce à l’édition du génome. Bayer et Corteva ont chacune conclu des partenariats pluriannuels avec la société Pairwise, spécialisée dans l’édition du génome, en vue d’utiliser sa plateforme utilisant la technologie CRISPR. Dans le même ordre d’idées, Syngenta a conclu en 2025 un partenariat avec la société Tropic Biosciences, spécialisée dans l’édition génétique, afin de développer des légumes issus de cette technique.
Les grands semenciers établissent également des partenariats avec des entreprises technologiques dans le but de développer des modèles d’IA destinés à la sélection végétale et au génie génétique, souvent regroupés sous le terme anglais « GenBio ». Bayer prétend que l’utilisation de l’IA lui permettra de « créer de nouvelles combinaisons génétiques » et de raccourcir le processus de sélection de nouvelles semences de 5-6 ans à seulement quelques mois. L’intérêt des entreprises entraîne une ruée vers les données nécessaires à l’entraînement de ces modèles d’IA. Ces données sont extraites de bases de données publiques et d’autres sources d’informations publiques, voire des écosystèmes (sols, plantes et graines), sans aucune forme de consultation, de consentement ni d’indemnisation des communautés auxquelles ces informations sont dérobées.

| Classement | Entreprise (siège) | Chiffre d’affaires 2024 (en millions d’USD) | Part du marché mondial (en%) |
| 1 | Bayer (Allemagne) | 11 242 | 20 |
| 2 | Corteva Agriscience (USA) | 9 545 | 17 |
| 3 | Syngenta (Chine / Suisse) | 5 074 | 9 |
| 4 | BASF (Allemagne) | 2 292 | 4 |
| Total du Top 4 | 28 153 | 50 | |
| 5 | Groupe Limagrain (France) | 2 058 | 4 |
| 6 | KWS (Allemagne) | 1 815 | 3 |
| 7 | Yuan Longping (Chine) | 1 191 | 2 |
| 8 | DLF Seeds (Danemark) | 798 | 1 |
| 9 | Rjik Zwaan (Pays-Bas) | 740 | 1 |
| 10 | Sakata Seeds (Japon) | 600 | 1 |
| Total du Top 10 | 35 355 | 63 | |
| Total marché mondial | 56 000 | 100 |
Pesticides
Le secteur des pesticides comprend les herbicides, les insecticides et les fongicides, qui sont différents types de produits agrochimiques ciblant respectivement les mauvaises herbes, les insectes et les champignons.
Les quatre entreprises dominant le secteur des pesticides commerciaux restent les mêmes qu’en 2023. Syngenta, Bayer, BASF et Corteva représentaient à elles seules 56 % du marché des pesticides en 2024. Ces quatre mêmes entreprises concentrent aussi la moitié du marché des semences. Les 10 plus grandes entreprises de pesticides contrôlent rien moins que 78 % du marché total (voir Tableau 2).
Les déboires judiciaires des géants des pesticides se poursuivent. Depuis une dizaine d’années, Monsanto (aujourd’hui propriété de Bayer) doit faire face à plus de 100 000 poursuites judiciaires intentées par des personnes ayant développé un lymphome non hodgkinien qu’elles attribuent à une exposition à des herbicides à base de glyphosate, tels que le Roundup. Syngenta est quant à elle poursuivie par des personnes affirmant avoir contracté la maladie de Parkinson après avoir été exposées au paraquat. En 2026, l’entreprise a annoncé mettre fin à la production mondiale de ce pesticide.
Face à ces batailles juridiques, l’industrie des pesticides a réagi en faisant pression pour obtenir une immunité juridique dans les futurs procès. En février 2026, Bayer a annoncé avoir conclu un accord d’un montant de 7,25 milliards de dollars des USA visant à mettre fin à des milliers de poursuites intentées à son encontre dans le cadre d’une procédure collective ; toutefois, un juge a par la suite qualifié l’arrangement de « juridiquement problématique », le décrivant comme un « accord sordide » conclu de manière secrète et précipitée. En l’espace de deux jours, le président des USA, Donald Trump, a annoncé une ordonnance visant à protéger la production d’herbicides à base de glyphosate et à demander l’immunité pour les entreprises produisant du glyphosate. En juin 2026, La Cour suprême des USA a donné raison à Monsanto dans une décision qui bloquera ou limitera des milliers de plaintes actuelles et futures contre l’entreprise.
Ces batailles juridiques coûteuses ont contraint les entreprises à revoir leurs modèles économiques. De fait, Corteva est en train de se scinder en deux entités : une société spécialisée dans les semences, Vylor, et une autre dans les pesticides, New Corteva. Cette décision de « décloisonner » ses divisions lui permet de préserver son activité « semences » des éventuelles obligations légales dont elle-même et d’autres fabricants de pesticides doivent de plus en plus s’acquitter. Lors d’une présentation réalisée en 2025 en présence d’investisseurs, Bayer n’a pas inclus le glyphosate dans les projections concernant son activité principale de pesticides, car l’entreprise le gérera maintenant comme une activité distincte du reste de ses principales plateformes consacrées aux pesticides.

| Classement | Entreprise (siège) | Chiffre d’affaires 2024 (en millions d’USD) | Part du marché mondial (en %) |
| 1 | Syngenta (Chine / Suisse) | 17 014 | 22 |
| 2 | Bayer (Allemagne) | 11 101 | 14 |
| 3 | BASF (Allemagne) | 8 308 | 11 |
| 4 | Corteva Agriscience (USA) | 7 363 | 9 |
| Total du Top 4 | 43 786 | 56 | |
| 5 | UPL (Inde) | 4 543 | 6 |
| 6 | FMC (USA) | 4 250 | 5 |
| 7 | Sumitomo (Japon) | 3 742 | 5 |
| 8 | Nufarm (Australie) | 1 938 | 2 |
| 9 | Shandong Weifang Rainbow Chemical (Chine) | 1 848 | 2 |
| 10 | Sino-Agri Leading Biosciences Co (Chine) | 1 452 | 2 |
| Total du du Top 10 | 61 560 | 78 | |
| Total marché mondial | 78 000 | 100 |
Engrais de synthèse
Les engrais chimiques (ou de synthèse) constituent une composante tant essentielle que toxique de l’agriculture industrielle. Selon les données du secteur, les engrais azotés sont les plus couramment utilisés, représentant jusqu’à 57 % de la consommation mondiale, suivis par les engrais phosphatés (23 %) et les engrais potassiques (20 %). Les engrais azotés sont hautement dépendants des combustibles fossiles : ils représentent 7 % du total des émissions du système alimentaire industriel et 60 % des émissions anthropiques mondiales d’oxyde nitreux.
Le marché mondial des engrais était estimé à plus de 221 milliards d’USD en 2024. Les dix plus grandes entreprises affichaient des recettes cumulées totalisant 68 milliards d’USD (voir Tableau 3). Ce montant serait probablement supérieur si Eurochem était pris en compte, étant donné ce grand fabricant d’engrais ne publie pas son chiffre d’affaires. Le chiffre d’affaires de nombreuses grandes entreprises a reculé par rapport à 2023, en grande partie parce que plusieurs fabricants d’engrais avaient vu leurs bénéfices monter en flèche lors de la première année de la guerre en Ukraine. Par rapport à 2023, les recettes de sept des dix premières entreprises ont connu une baisse comprise entre 4 % (Sino-fert) et 21 % (OCI). Les seules entreprises à avoir enregistré une hausse de leur chiffre d’affaires sont Uralkali (1 %), PhosAgro (7 %) et OCP (11 %). Dans l’ensemble, cependant, les recettes des dix plus grands fabricants d’engrais dépassent encore de 26 % le niveau de 2020 ; par ailleurs, les résultats publiés par les fabricants d’engrais azotés pour le premier trimestre de 2026 montrent que ces derniers, pour leur part, profitent désormais généreusement de la guerre menée par les USA et Israël contre l’Iran.
Ce secteur se caractérise par un important niveau de concentration des entreprises. Les dix premières entreprises contrôlent jusqu’à 31 % du marché. Selon le type d’engrais, cependant, cette part peut s’avérer encore plus élevée. À elles seules, quatre entreprises (Nutrien, Mosaic, OCP et ICL) dominent 25 % du marché mondial des engrais phosphatés, tandis que six sociétés (Nutrien, Mosaic, ICL, Uralkali, K+S et Eurochem) totalisent 65 % du volume total des ventes d’engrais potassiques.
Une tendance notable sur le continent africain est le bond des investissements provenant de la région du Golfe dans le secteur des engrais. Ma’aden, une entreprise saoudienne, figure par exemple parmi les principaux fournisseurs d’engrais phosphatés en Afrique, comptant pour 40 % des importations de la Zambie et du Zimbabwe en 2023. Les entreprises émiriennes et saoudiennes ont également augmenté leurs investissements dans la production d’engrais. En Égypte, les fonds souverains d’Arabie saoudite et d’Abou Dhabi contrôlent à eux deux plus de 40 % de deux des plus grands producteurs d’engrais azotés du pays. Fertiglobe (Émirats arabes unis) dispose d’installations en Égypte, en Algérie et en Afrique du Sud, et se présente comme le premier producteur d’engrais azotés du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. SABIC (Arabie saoudite) contrôle 49 % d’ETC Holdings, une filiale du mauricien Export Trading Group (ETG), un important négociant d’engrais dans plusieurs pays africains.

| Classement | Entreprise (siège) | Chiffre d’affaires 2024 (en millions d’USD) | Part du marché mondial (en %) |
| 1 | Nutrien (Canada) | 13 725 | 6 |
| 2 | The Mosaic Company (USA) | 10 587 | 5 |
| 3 | Yara (Norvège) | 10 306 | 5 |
| 4 | OCP (Maroc) | 6 606 | 3 |
| Total du Top 4 | 41 224 | 19 | |
| 5 | CF Industries Holdings, Inc. (USA) | 5 936 | 3 |
| 6 | ICL Group Ltd. (Israël) | 5 443 | 2 |
| 7 | PhosAgro (Russie) | 5 319 | 2 |
| 8 | Uralkali (Russie) | 3 546 | 2 |
| 9 | OCI (Pays-Bas) | 3 318 | 1 |
| 10 | Sinofert (Chine) | 2 956 | 1 |
| Total du Top 10 | 67 742 | 31 | |
| Total marché mondial | 221 450 | 100 |
Machines agricoles
Les machines agricoles désignent ici les équipements utilisés dans l’agriculture, tels que les tracteurs, les machines de fenaison et de récolte, ainsi que les équipements servant à la plantation, la fertilisation, le labour, la culture, l’irrigation et la pulvérisation. À mesure que les entreprises de machines agricoles se tournent vers la numérisation et l’automatisation, ce secteur inclut également leurs plateformes numériques propriétaires, leurs drones et leurs technologies robotiques.
Les quatre premières entreprises de ce secteur sont les mêmes qu’en 2023 et représentent à elles seules 44 % du marché. Elles continuent de concentrer leurs efforts sur l’intégration de l’IA et des plateformes numériques à leurs machines. À elles toutes, les dix premières entreprises du secteur des machines agricoles contrôlent 53 % du marché ; la plus grande d’entre elles – Deere & Company – représente à elle seule 19 % de ce marché (voir Tableau 4).
Les entreprises de machines agricoles se définissent de plus en plus comme des sociétés technologiques plutôt que comme de simples fabricants de machines. Elles estiment que leurs bénéfices futurs proviendront moins de la vente d’équipements comme les tracteurs et les moissonneuses-batteuses que du contrôle des plateformes numériques et des infrastructures qu’elles intègrent. Ces outils numériques sont développés à travers des partenariats avec des entreprises du secteur des semences et des pesticides, ainsi qu’avec des entreprises spécialisées dans les télécommunications, l’informatique en nuage, le stockage de données et d’autres secteurs technologiques.
L’intégration des technologies numériques dans les équipements agricoles a transformé la manière dont les agricultrices et les agriculteurs peuvent utiliser leurs machines, les réparer et prolonger leur durée de vie. Depuis des milliers d’années, les personnes pratiquant l’agriculture mettent au point et réparent elles-mêmes leurs outils et leurs machines. Aujourd’hui, les grands constructeurs de machines agricoles conçoivent leurs équipements de telle sorte qu’ils ne puissent être réparés que par des revendeurs spécialisés utilisant des pièces de rechange exclusives. Toute personne, notamment dans les pays du Nord, tentant de réparer elle-même ses machines risque de se voir interdire l’accès à son matériel ou de voir sa garantie annulée.
La communauté agricole refuse ces mesures et appelle les gouvernements à mettre en place une législation sur le droit à la réparation, qui fasse passer l’autonomie des personnes avant les bénéfices des entreprises, et garantisse que « les biens, possédés ou loués, peuvent être réparés à un prix raisonnable, dans un délai raisonnable, par le propriétaire ou un service de réparation de son choix ».

| Classement | Entreprise (siège) | Chiffre d’affaires 2024 (en millions d’USD) | Part du marché mondial (en %) |
| 1 | Deere & Company (USA) | 31 803 | 19 |
| 2 | Kubota (Japon) | 17 429 | 10 |
| 3 | CNH Industrial (Royaume-Uni/Pays-Bas) | 14 007 | 8 |
| 4 | AGCO (USA) | 11 662 | 7 |
| Total du Top 4 | 74 901 | 44 | |
| 5 | CLAAS (Allemagne) | 5 574 | 3 |
| 6 | Mahindra and Mahindra (Inde) | 3 532 | 2 |
| 7 | SDF Group (Italie) | 1 772 | 1 |
| 8 | YTO Group (Chine) | 1 523 | 0,9 |
| 9 | Kuhn Group (Suisse) | 1 317 | 0,8 |
| 10 | Iseki Group (Japon) | 1 113 | 0,7 |
| Total du Top 10 | 89 732 | 53 | |
| Total marché mondial | 170 000 | 100 |
Produits pharmaceutiques vétérinaires
La production industrielle à grande échelle de bœuf, poulet, porc, crevette et saumon rend ces animaux vulnérables aux maladies. C’est pourquoi ce secteur reste très dépendant des antibiotiques, des vaccins, des vitamines, des tests de dépistage, des services médicaux, des compléments alimentaires (tels que les aliments médicamenteux) et d’autres services vétérinaires.
Le marché mondial des produits pharmaceutiques vétérinaires était évalué à 50 milliards de dollars des USA en 2024, bétail et animaux de compagnie confondus. La concentration des entreprises y est élevée, les 10 premières sociétés contrôlant près de 70 % du marché. À elle seule, Zoetis concentre un cinquième du marché (voir Tableau 5).
La part des produits destinés aux animaux d’élevage par rapport à celle des produits pour animaux de compagnie varie d’une entité à l’autre. Elle est particulièrement élevée chez Phibro (75 %), Ceva (72 %), Merck & Co. (59 %), Huvepharma (59 %) et Elanco (51 %). Dans le secteur de l’élevage, les principaux clients sont les grandes exploitations agricoles, notamment aux USA, qui représentent la moitié des ventes mondiales de produits pharmaceutiques vétérinaires.
Selon l’animal, la part de marché peut être importante. Zoetis, Ceva, Boehringer, Elanco et Phibro contrôlent par exemple à elles toutes 65 % du marché mondial des produits pharmaceutiques destinés à la volaille.
Les chaînes d’approvisionnement du secteur de la santé animale aux USA et en Europe – où sont implantées les dix premières entreprises du secteur – reposent largement sur la Chine pour leurs matières premières, telles que les vitamines, les acides aminés et les principes actifs pharmaceutiques. Zoetis, Boehringer, Virbac et Ceva disposent toutes de sites de production en Chine, certains en partenariat avec des entreprises locales. La Chine dispose également d’un important marché des produits pharmaceutiques vétérinaires, estimé en 2024 à 9,5 milliards de dollars des USA, ainsi que de grands laboratoires pharmaceutiques vétérinaires, comme China Animal Husbandry Industry Co., Ltd. (CAHIC), Tianjin Ringpu Bio-Technology Co., Ltd. Et Shandong Sinder Technology Co., Ltd., qui opèrent également en Afrique et dans d’autres régions d’Asie.
L’IA est utilisée par les sociétés pharmaceutiques vétérinaires pour accélérer la recherche en laboratoire, permettre la surveillance des animaux en temps réel et fournir des diagnostics prédictifs et des modélisations des flambées épidémiques. Pour entraîner et alimenter ses modèles d’IA générative, Zoetis collecte d’énormes quantités de données génotypiques des animaux à travers ses programmes de tests, notamment grâce à l’accès à la chaîne d’approvisionnement laitière mondiale de Danone. Zoetis est également en train d’acquérir l’unité de génomique animale de Neogen, qui comprend des actifs de données biologiques exclusives provenant des USA, du Brésil, d’Australie, de Chine et du Royaume-Uni.

| Classement | Entreprise (siège) | Chiffre d’affaires 2024 (en millions d’USD) | Part du marché mondial (en %) |
| 1 | Zoetis (USA) | 9 256 | 19 |
| 2 | Merck & Co (USA) | 5 877 | 12 |
| 3 | Boehringer Ingelheim Animal Health (Allemagne) | 5 138 | 10 |
| 4 | Elanco (USA) | 4 439 | 9 |
| Total du Top 4 | 24 710 | 49 | |
| 5 | Idexx Laboratories (USA) | 3 696 | 7 |
| 6 | Ceva Santé Animale (France) | 1 904 | 4 |
| 7 | Virbac (France) | 1 512 | 3 |
| 8 | Dechra (Royaume-Uni) | 1 002 | 2 |
| 9 | Huvepharma EOOD (Bulgarie) | 900 | 2 |
| 10 | Phibro Animal Health Corporation (France) | 706 | 1 |
| Total du Top 10 | 34 430 | 69 | |
| Total marché mondial | 50 000 | 100 |
Génétique des animaux d’élevage
De la sélection du bétail à l’aquaculture, la production animale industrielle repose sur la mainmise exercée par les grandes entreprises sur la génétique, par le biais du matériel d’amélioration et des technologies de reproduction. Dans la précédente édition du « Top 10 des géants de l’agrobusiness », nous avions mis en avant le marché de la génétique avicole, dominé par seulement trois entreprises : Tyson Foods (USA), EW Group (Allemagne) et Hendrix Genetics (Pays-Bas). Nous examinerons ici deux autres espèces qui occupent une place particulièrement importante dans la consommation mondiale : le porc et la crevette.
En 2024, la production mondiale de viande de porc s’élevait à 125,1 millions de tonnes, plaçant cette dernière au deuxième rang des viandes les plus produites après la volaille. La Chine, l’Union européenne, les USA et le Brésil totalisent à eux seuls 77 % de la production mondiale. Le marché mondial de la génétique porcine était évalué à 2,2 milliards d’USD, la moitié de ce marché étant contrôlée par seulement cinq entreprises européennes (voir Tableau 6). À l’exception de Genus plc, toutes ces sociétés sont privées. Selon Hendrix Genetics, 15 % des porcs élevés dans le monde proviennent de ses programmes de sélection, tandis que selon certaines estimations, les élevages de reproducteurs de Genus plc seraient à l’origine d’un tiers des porcs élevés à des fins commerciales dans le monde.
À l’échelle nationale, le groupe Axiom affirme détenir la moitié du marché français, tandis que Topigs Norsvin domine 34 % du marché brésilien. La Chine mise sur ses entreprises nationales spécialisées dans la génétique et vise l’autosuffisance à l’horizon 2035. Les grands producteurs de porcs chinois, tels que Smithfield Foods (WH Group), utilisent leurs propres lignées génétiques.
Cependant, Genus plc, Topigs Norsvin, DanBred et Genesus occupent une place importante parmi les fournisseurs du pays, grâce à leurs élevages centralisés (nucleus farms) et aux contrats de redevances conclus avec de grandes entreprises intégrées. En 2024, par exemple, Topigs Norsvin et Muyuan Foods, le premier producteur porcin de Chine, ont lancé une co-entreprise établissant un élevage centralisé.
Comme pour les semences et d’autres animaux, l’édition du génome des porcs a suscité de vives critiques de la part de la communauté scientifique et de la société civile, en raison des inquiétudes quant à son impact sur la santé et l’environnement. Cela n’empêche pas les entreprises de faire pression en faveur de la commercialisation d’animaux génétiquement modifiés. Le porc génétiquement modifié et résistant aux maladies mis au point par Genus plc a fait l’objet d’une autorisation de mise sur le marché aux USA, au Canada, en Colombie, au Brésil, en République dominicaine et en Argentine. La société prévoit d’obtenir des autorisations similaires dans d’autres pays d’Amérique latine et cherche également à en obtenir une en Chine.

| Classement | Entreprise (siège) | Chiffre d’affaires 2024 (en millions d’USD) | Part du marché mondial (en %) |
| 1 | Genus plc (Royaume-Uni) | 444 | 20 |
| 2 | Topigs Norsvin (Pays-Bas) | 325 | 15 |
| 3 | DanBred (Danemark) | 159 | 7 |
| 4 | Hendrix Genetics (Pays-Bas) | 139 | 6 |
| 5 | Axiom (France) | 54 | 2 |
| Total du Top 5 | 1 121 | 51 | |
| Total marché mondial | 2 187 | 100 |
La production et le commerce de crevettes ont enregistré une croissance exponentielle au cours des 50 dernières années. Cette progression tient presque exclusivement au développement et à l’expansion de l’élevage industriel de quelques espèces de grosses crevettes destinées à l’exportation en Asie et en Amérique latine, notamment en Chine, en Équateur, en Inde, au Vietnam et en Indonésie. La production aquacole est principalement axée sur les crevettes pénéides, la crevette blanche du Pacifique (Penaeus vannamei) représentant 80 à 85 % de la production, suivie de la crevette géante tigrée (9 %).
Les élevages de crevettes étant extrêmement vulnérables aux maladies, la sélection et l’élevage sont principalement axés sur la résistance aux maladies. En Amérique latine, où les élevages se caractérisent par une faible densité et des pratiques extensives, la sélection s’effectue en exposant de grandes populations à des agents pathogènes locaux, puis en sélectionnant les survivants pour la phase de grossissement. En Asie, où les exploitations ont recours à un modèle plus intensif, reposant sur des bassins plus petits et des densités d’empoissonnement élevées, la sélection intervient dans des installations spécialisées et exemptes de maladies ; les géniteurs sont ensuite expédiés, sous la mention « exempts d’organismes pathogènes spécifiques » (SPF), vers les écloseries en vue du grossissement. En Amérique latine, la sélection tend à être effectuée par les entreprises d’élevage de crevettes elles-mêmes et les stocks reproducteurs sont nettement moins chers. En Asie, où les géniteurs SPF sont prédominants, le marché est de plus en plus contrôlé par une poignée de multinationales, dont la plupart sont également présentes dans la production d’aliments pour animaux et dans le secteur de l’élevage. La valeur du marché mondial des géniteurs SPF était estimée à 1,42 milliard d’USD en 2024 (voir Tableau 7).
| Entreprise (Siège) | Parts de marché estimées | Commentaires |
| Shrimp Improvement Systems (SIS) (USA) | Inde (50 %), Vietnam (40 %), Indonésie (10-20 %), Chine (5 % du marché des géniteurs importés) | SIS est détenue par une société des Îles Vierges britanniques qui appartiendrait en dernier ressort par Charoen Pokphand Foods (CP Group) ou par ses propriétaires, la famille Chearavanont. Elle se présente comme le principal fournisseur de géniteurs de la société indonésienne CP Prima, une filiale de CP Group. La société dispose d’installations de production de géniteurs à Hawaii et en Floride (USA), et d’une écloserie dans l’Andhra Pradesh (Inde). |
| Hendrix Genetics (Kona Bay) (Pays- Bas) | Indonésie (70 %), Inde (6 %) | La société exploite des centres de reproduction centralisés à Hawaii, des centres de multiplication des géniteurs en Indonésie, Inde et Thaïlande, et des installations de reproduction en Equateur. |
| CP Group (Thaïlande) | Vietnam (15-20 %), Chine (il serait le principal fournisseur des écloseries de Penaeus monodon, mais aucun chiffre n’est disponible) | Ses installations de reproduction implantées en Thaïlande approvisionnent l’Asie du Sud et du Sud-Est. Elle poursuit également le développement de ses activités de reproduction aux USA pour approvisionner l’Indonésie, l’Inde, l’Amérique du Sud et centrale et l’UE |
| SyAqua (Singapour) | Inde (33 %), Indonésie (5 %) | Détenue par Ocean 14 Capital. Elle dispose d’installations de production de géniteurs aux USA et en Thaïlande |
| Groupe Grimaud (Blue Genetics) | Chine (60 % des lignées résistantes aux maladies et équilibrées importées) | Dispose d’installations au Mexique et aux USA |
| Guangdong Haid Group | Chine (15 % du marché national des alevins de crevette) | Il s’agit de la première entreprise d’aliments aquacoles de Chine ; elle développe un programme de reproduction et de génétique pour l’aquaculture. La division Reproduction de la société s’appelle Hisenor. Elle dispose de huit fermes d’élevages de crevettes en Chine, et a racheté en 2025 le seul élevage de crevettes SPF indonésien privé, Global Gen. Elle dispose également d’écloseries au Vietnam, en Indonésie et en Equateur. Haid se hisse également au rang des plus grands fabricants chinois d’aliments pour porcs et volailles |
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