n°162 - janvier / mars 2021Ressource extérieure

Qui manipule l’information scientifique ?

Par Jacques DANDELOT

Publié le 22/12/2020

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Quid de l’information scientifique qui arrive aux citoyens curieux ? Quelle crédibilité accorder à une information scientifique lue dans telle ou telle revue ? Sera-t-elle la même à quelques nuances près ou trouvera-t-on carrément des informations complètement opposées selon le titre et l’orientation du support qui la publie ? Le comble, pour des informations « scientifiques » !

Les trois rédacteurs (deux journalistes et un sociologue) de ce nouvel ouvrage [1], avaient un objectif : « dévoiler les stratégies de manipulation qu’emploient désormais les « marchands de doute » pour promouvoir leur « bonne » science et s’emparer du marché de l’information scientifique ».

Cette enquête explore «  les nouvelles frontières du lobbying  », avec notamment l’utilisation de blogueurs et autres « passeurs de science  » sur Internet. La 4e de couv’ est catégorique : « Parmi ces fact-checkers, vérificateurs d’informations autoproclamés, peu savent qu’ils amplifient des éléments de langage concoctés par des officines de relations publiques. Une poignée d’intellectuels et de scientifiques, en revanche, participe sciemment à la réactualisation, autour de la science, de tout le crédo conservateur. Un projet politique volontiers financé par l’argent des industriels libertariens, et qui porte la marque de leur idéologie anti-environnementaliste et anti-féministe ».

Au-delà de certaines imprécisions, oublis ou erreurs ponctuelles dans les centaines de citations et propos relatés [2], l’analyse et la mise en lumière de ces mécanismes déjà bien rodés est tout à fait stupéfiante et inquiétante : apparaissent des structures discrètes largement financées pour soutenir « les gardiens de la raison ». Comment ne pas penser par exemple au scandale des Monsanto papers dont les révélations ont permis de mettre à jour les mécanismes de défense à « tout prix  » du glyphosate ? Ou encore au dossier «  nouveaux OGM  » avec les manœuvres de multiples structures mondiales, européennes et nationales qui tentent de rendre caduque l’arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne les définissant comme réglementés ?

Va-t-on vraiment vers des papiers prémâchés par des scientifiques choisis (par qui ?) en direction de journalistes choisis (par qui ?) et mis à disposition ou imposés de manière subtile (ou pas) par des influenceurs ou autres supports « tendances » ? (Ce media center à la française, prévu dans la récente loi de programmation de la recherche, fera l’objet d’un article dans notre prochain numéro).

Comment ne pas penser aussi, en ces temps de pandémie, de virus et de vaccins… à la bagarre de l’information qui fait rage depuis bientôt un an ? Comment s’y retrouver ? Suis-je un complotiste qui s’ignore ? Qui produit la « vraie information » et non pas une information qui serait issue d’un journalisme d’insinuation ?

En conclusion, cet important ouvrage a l’immense mérite de mettre en lumière des mécanismes dont les initiateurs et les «  graisseurs de rouages » n’ont qu’un seul désir : rester dans l’ombre. Raté, si l’on en juge par les innombrables réactions que cet ouvrage a déjà suscitées… notamment de la part de l’Association Française pour l’Information Scientifique, régulièrement citée.

[1Les gardiens de la raison, Enquête sur la désinformation scientifique, Stéphane Foucart, Stéphane Horel et Sylvain Laurens,

La découverte, 2020, 367p., 22 euros

[2Les auteurs concèdent certaines erreurs qui seront corrigées dans la 2e édition, mais surtout répondent aux critiques ici.

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