« Abandonner l’utopie d’une nature asservie par l’humanité… »
Cette phrase extraite du dernier rapport [1] du Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et la santé (CCNE) est surprenante et rejoint des positions fortes d’Inf’OGM : la nécessité urgente et vitale de changer de paradigme et l’idée qu’un nouveau regard doit être porté sur la biodiversité, un regard qui nous englobe, nous humains.
Le changement consiste à considérer que l’être humain est une composante de la biodiversité et ne peut donc la regarder de haut. Ce rapport qui en appelle à plus d’humilité de la part des scientifiques, considère qu’ « il est essentiel de mobiliser une éthique de responsabilité », et rappelle l’importance de penser l’intérêt général pour construire un projet de société. Mais au-delà, ce rapport souligne, preuves à l’appui, la responsabilité des hommes dans la destruction de leur propre espace de vie alors qu’ils en sont une composante.
Ce rapport questionne aussi « la notion de progrès jusqu’ici assimilée à une maîtrise croissante du vivant » et soutient que « la mise en œuvre du « principe de précaution » ou de la « compensation écologique » fait souvent l’économie d’une réflexion sur la dynamique des processus naturels et l’intérêt (…) d’une démarche de coévolution limitant l’altération de ces processus ».
Vivons cette expérience ensemble : imaginez que vous êtes un arbre, fermez les yeux, sentez vos racines, le sol, la force de votre tronc, la fierté de votre feuillage, voyez comment sous votre ombre d’autres espèces se développent, pensez la coévolution, pensez-la comme une chose précieuse. Imaginez ensuite que l’on vous demande d’abattre cet arbre. Réfléchissez au droit de détruire cette vitalité, à ce que représente sa perte, à l’enjeu de sa survie. Rouvrez les yeux et lisez à nouveau cette affirmation : « abandonner l’utopie d’une nature asservie par l’humanité et rechercher des synergies entre les possibles développements de l’humanité ainsi que le respect des processus dynamiques des écosystèmes qui s’impose désormais, tant au niveau local qu’à travers des éléments de gouvernance mondiale qui restent à inventer ».
Ce rapport propose un autre chemin possible. Il nous invite, dans le sillon de Philippe Descola – un anthropologue non dualiste, qui propose de constituer « une écologie des relations » – à traduire ces liens fins entre la nature et les cultures pour ne plus penser en tant que dominant.
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